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Éditorial : Décroissance et Villes en transition

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Objecteur de croissance Vol1-2
Mongeau Serge

Dans plusieurs villes occidentales, des citoyennes et citoyens ont commencé à se regrouper pour donner à leur lieu de résidence la plus grande résilience possible, c’est-à-dire la capacité de s’organiser pour répondre à leurs besoins dans les périodes difficiles que nous promet l’avenir. S’inspirant d’un modèle d’abord développé en Irlande par des spécialistes de la permaculture, le mouvement a pris de l’ampleur dans tout le Royaume-Uni pour bientôt apparaître ailleurs en Occident. Aujourd’hui, plus de 220 municipalités sont reconnues Villes en transition officielles; ce qui signifie que s’y trouve une organisation citoyenne qui œuvre à rendre la ville de moins en moins dépendante du pétrole et donc de plus en plus autonome. Dans des centaines d’autres villes, dont quelques-unes au Québec, des gens commencent aussi à s’inspirer de ce modèle.

Dès que les premiers échos du mouvement des Villes en transition nous sont parvenus au Québec, le Mouvement québécois pour une décroissance conviviale (MQDC) s’y est intéressé. Et c’est la raison pour laquelle nous n’avons pas hésité à nous impliquer dans l’organisation de la journée d’information du 7 novembre.

Pourquoi notre intérêt? Nos diverses activités de sensibilisation à la nécessité de mettre un terme à la croissance économique nous mettent en contact avec beaucoup de personnes qui, comme nous, réalisent fort bien qu’il est urgent d’agir et que plus nous attendons, plus grands sont les risques de catastrophes qui sans doute toucheront surtout les moins nantis de la planète. Mais pour tous la grande question est la même : que faire? Certes, tous reconnaissent qu’il faut mettre la pression sur les gouvernements pour changer radicalement leurs priorités; mais il est fort évident qu’il reste encore un long chemin à parcourir avant d’arriver à les convaincre. Alors quoi d’autre? C’est ici qu’apparaît l’intérêt des Villes en transition. Il suffit qu’un groupe de citoyens se concertent et décident de commencer à agir ici et maintenant; ils regardent autour d’eux, identifient ce qui pourrait être fait concrètement dans leur milieu, sensibilisent leurs concitoyens à l’urgence d’agir et se lancent bientôt dans diverses actions à leur portée. Développer l’agriculture urbaine, trouver des moyens de favoriser les transports actifs, mieux isoler les logements, etc. Et après quelque temps, établir un Plan de descente énergétique qui devrait conduire à une dépendance minimale par rapport au pétrole.

Évidemment, nous du MQDC sommes bien conscients que le mouvement des Villes en transition n’apporte pas à lui seul la solution à tous les problèmes causés par la croissance économique actuelle. Même si, et nous l’espérons, toutes les villes adoptaient ce modèle, il y aurait encore à faire; mais sans doute alors l’existence d’un tel mouvement favoriserait-il les questionnements nécessaires et les changements souhaitables. Car il faudra bien un jour, et le plus vite possible, revoir nos pratiques concernant l’exploitation des ressources naturelles, l’agriculture industrielle, le commerce international, les inégalités sociales, etc. Sans doute les gens qui vivent depuis quelques années dans la convivialité favorisée par une Ville en transition arriveront-ils plus facilement à des solutions acceptables pour relever les nombreux défis que pose la décroissance.

Tout en souhaitant la multiplication des Villes en transition, nous continuons à percevoir l’importance de l’action du MQDC avec sa volonté de développer une vision sociopolitique de la décroissance.