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« Occuper le territoire » ou « habiter le territoire »

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Objecteur de croissance Vol1-2
Gaba Alain

Petit texte écrit à la suite de la dernière AGA de la CUR (Coalition Urgence Rurale du Bas-Saint-Laurent)
« Occuper le territoire » ou « habiter le territoire »? Est-ce seulement une façon de parler ou bien une façon de vivre? Développement durable ou décroissance conviviale?

L’occupant est quelqu’un qui vient de l’extérieur pour développer durablement, dit-il, la consommation ou l’exploitation ou encore la propagation de la pensée unique. Nous allons y revenir.

L’habitant, c’est celui qui vit dans le territoire, y exprime tous ses besoins et a les moyens d’ être un acteur de son développement.

Un exemple très significatif : l’implantation des éoliennes dans l’est du Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. Pourrait-on dire que les grandes compagnies et leurs éoliennes sont des habitants? Impossible! Ces compagnies viennent de l’Ontario et des États-Unis, où elles vont rapatrier leurs profits; elles exploitent une ressource naturelle de notre territoire en dédommageant symboliquement les propriétaires et les communautés : pensez donc! 1500 à 3000 $ pour l’emplacement d’une éolienne qui va leur rapporter entre 250 et 350 000 $ par an. On peut redouter un processus semblable en Gaspésie pour l’exploitation minière de métaux, de gaz et même de pétrole. Pendant ce temps-là, un village, Saint-Noël, une MRC, la Matapédia, bâtissent des projets éoliens communautaires qui engagent l’énergie des habitants.

Aujourd’hui, la pensée unique forte, c’est le développement durable au service de la croissance. Comment signifier que le développement concerne directement les habitants et non les pouvoirs politique et économique, alors que le développement durable est sur toutes les lèvres et s’affiche dans tous les médias? L’organisation hiérarchisée de l’État considère que le gouvernement et les ministères relayés par l’administration savent ce que les habitants ont comme besoins et comme désirs, qu’ils savent ce qui est bon pour la qualité de vie des citoyens! Dans le meilleur des cas, on parle de programmes voire de décentralisation ce qui, de fait, augmente encore les pouvoirs de ceux qui distribuent les moyens financiers.

Il ne sert à rien de dire que les vieilles personnes ont de grandes richesses si elles ne peuvent s’exprimer et les transmettre… il ne sert à rien de dire que la santé ça coûte cher si l’organisation des soins ne tient pas compte des réalités régionales (de distances, d’âges…), il ne sert à rien de dire que l’éducation est un secteur prioritaire si la fermeture des écoles éloigne les enfants de leur histoire…

S'il vous plaît, laissez ouvertes les écoles de pays!
N'usez pas de vos forces pour écraser les p'tits!
Petites écoles
Petites municipalités
Petits commerces
Petits projets
Petites gens....................

Nous avons bien compris qui doit s'enrichir
Grandes propriétés
Grandes cultures et grandes productions
Grandes machines modernes
Grands marchés d'exportation
Grandes universités
Grandes surfaces de commerce............

Le combat est lancé, le débat doit s'ouvrir
À ma gauche, la décroissance,
Le développement durable est à droite,
Et pas question de fuir

Les enfants d'aujourd'hui ne savent pas
Qu'à ti pas ti pas, c'est mieux pour arriver!

C'est ainsi que l'on parle dans de nombreux pays,
Là où les paysans ont vraiment tout compris.
« À ti pas, ti pas, nous va arrivé »
C'est le chant des créoles hier colonisés
J'ai chanté avec eux mon amour solidaire
J'aime les paysans, travailleurs de la terre.
Mais l'argent a détruit les colonies lointaines
Faisant et défaisant les fortunes par dizaines.
Le développement durable, c'est ce que disent aujourd'hui
Les gros capitalistes jusque dans notre pays.
Les Monsanto, Wal-Mart et autres compagnies
Ont dévitalisé nos villages, nos forêts, nos prairies.
L'agriculteur n'est plus aujourd'hui qu'entrepreneur endetté
Qui souffre des initiatives prises hier pour l’exploiter :
Avoir toujours plus, est-ce une condition pour vivre bien?
Plus, toujours plus et peu importe si j'écrase mon voisin!
L'école m'a appris que pour réussir ma vie, il faut être le premier
École complice de la compétition, complice d'une concurrence acharnée!
Décrocheurs? Chômeurs? Même combat! La misère pour demain!

« Habiter le territoire », c’est devenir progressivement responsable de son milieu de vie quels que soient son âge, ses motivations, son métier, son secteur d’activité… Le territoire rural doit évoluer grâce aux énergies, aux ressources et aux compétences qu’il renferme.

Des forums naissent ici et là, des initiatives de l’économie sociale et coopérative se développent, des artistes locaux s’expriment pour contribuer à une bonne qualité de vie des communautés. Le pouvoir politique comprendra-t-il que son devoir est de soutenir les « habitants » et non de faciliter l’enrichissement des « occupants »? Quel bel enjeu pour la Décroissance conviviale du Québec!